2e rapport, 3e partie : « Femmes noires en Afrique et en Europe : Marginalisation politicoéconomique et cantonnement à la sphère domestique »

La colonisation européenne en Afrique a bouleversé les sociétés africaines dans leur ensemble, ayant des répercussions profondes sur leurs organisations politiques, économiques et sociales. Les femmes noires ont été particulièrement touchées par ce processus. En effet, au-delà des violences sexistes, sexuelles et médicales déjà abordées dans les deux premiers rapports de cette étude, la colonisation a également contribué à dégrader leur condition en marginalisant leur rôle politique et économique.

De nombreux travaux ont montré que le processus colonial a profondément transformé les rapports de genre au sein des sociétés africaines, réduisant globalement le pouvoir et l'autonomie des femmes. Si celles-ci ont fait preuve de résistance et de résilience face aux bouleversements sociaux et économiques qui leur étaient imposés, leur condition s'est néanmoins détériorée tout au long de la période coloniale. Cette dégradation s'est manifestée à la fois sur le plan matériel (alourdissement de la charge de travail, restriction de l'accès aux ressources et aux terres) et sur le plan social (une perte d'autorité et d'autonomie ainsi qu'une exclusion progressive des espaces de pouvoir politique et communautaire, auparavant plus ouverts aux femmes dans de nombreuses sociétés précoloniales).

Ces discriminations, loin d'avoir disparu avec la fin de la période coloniale, ont produit des effets qui se prolongent aujourd'hui. Elles continuent de structurer certains aspects des sociétés postcoloniales africaines, où les inégalités de genre demeurent souvent prégnantes, mais elles se retrouvent également en Europe, où les femmes noires et afrodescendantes restent confrontées à des formes de marginalisation économique et sociale et à un cantonnement persistant à la sphère domestique, ce qui constitue une résonance contemporaine des logiques instaurées durant la période coloniale.   

 Ce rapport se propose d'analyser la manière dont la colonisation française au Sénégal et la colonisation belge au Congo ont exercé une influence négative sur la position sociale et l'autonomie des femmes. Le but est de mettre en lumière les mécanismes par lesquels les politiques coloniales ont modifié les rapports de genre et la position sociale des femmes, avant d'en examiner les conséquences durables : d'une part dans les sociétés postcoloniales africaines, d'autre part en France et en Belgique, où les femmes noires et afrodescendantes continuent aujourd'hui de subir des discriminations dans les sphères politiques et économiques.  

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