Les violences gynécologiques et obstétriques (VGO) désignent l'ensemble des comportements et pratiques portant atteinte à l'intégrité physique et psychique des femmes dans le cadre du suivi gynécologique et de la prise en charge de la grossesse, de l'accouchement et du post-partum. Ces violences prennent la forme d’actes médicaux non consentis, refus de prise en charge, propos dégradants, non-respect de la douleur, ou encore absence d'information sur les procédures effectuées.
Au Sénégal, les VGO sont répandues et font l'objet depuis quelques années d'une dénonciation grandissante, de la part des associations féministes et de chercheuses. En 2022, l’opinion publique sénégalaise est secouée par la mort dramatique d’Astou Sokhna, une femme de 34 ans enceinte de 9 mois décédée à l’hôpital après s’être vue refuser la césarienne qu’elle réclamait et avoir attendu une vingtaine d’heures avant d’être prise en charge. Le sort d’Astou Sokhna a suscité une vague d’indignation au Sénégal et conduit à l’émergence d’un débat public sur les négligences du système de santé et l’existence des VGO.
En Europe, si les VGO existent aussi, c’est seulement depuis quelques années que les pouvoirs publics ont commencé à les reconnaître. En 2019, le Conseil d’Europe a notamment adopté une résolution soulignant la nécessité de lutter contre ce type de violence de genre. Si les VGO sont susceptibles de toucher toutes les femmes lors de leur parcours de maternité, des caractéristiques sociales exposent davantage certaines catégories de patientes. C’est notamment le cas des femmes noires et afrodescendantes, qui subissent des discriminations spécifiques dans le domaine médical, et en particulier dans la prise en charge de leur maternité.
Pour de nombreuses associations féministes en Afrique comme en Europe, les VGO ne peuvent être comprises comme des actes isolés relevant de comportements individuels. Ces violences s’inscrivent en effet dans un système médical empreint de biais racistes et misogynes, et dont les fondements remontent souvent à la période coloniale.
Autrement dit, une compréhension des VGO nécessite de considérer leur généalogie en les replaçant dans l’histoire de la médecine coloniale et en prenant en comptes les rapports de pouvoir et les imaginaires coloniaux vis- à- vis des femmes noires et de leur maternité. Interroger les origines coloniales des VGO permet non seulement d'éclairer les formes contemporaines de ces violences, mais aussi de penser plus adéquatement les enjeux de prévention et de justice pour les victimes.
Le présent texte propose d'abord un retour sur l'histoire de la médecine coloniale, en examinant en particulier le traitement réservé aux femmes sénégalaises et congolaises par les médecins coloniaux. L'analyse se poursuit par l'étude de la persistance de ces violences médicales dans deux contextes contemporains, la France et le Sénégal, ainsi que des mobilisations féministes qui les dénoncent et interrogent l'insuffisance des dispositifs politiques actuels pour y faire face.