Unfinished Freedom : Introduction au 2e rapport ------Introduction to the Second Report Continuités coloniales et violences faites aux femmes africaines et afrodescendantes en France, en Belgique, au Sénégal et en République démocratique du Congo Par Daphné Budasz, PhD
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Table of contents
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Enjeux et objectifs
En partant de deux contextes européens (Belgique & France) et de deux contextes africains (Sénégal & République Démocratique du Congo), ce projet de recherche vise à resituer les violences et discriminations subies par les femmes africaines et afrodescendantes dans les sociétés contemporaines dans la continuité de l'histoire coloniale et esclavagiste. En effet, ce projet montre la manière dont celles-ci ont été historiquement (mal)traitées et déshumanisées par les puissances européennes et la façon dont les représentations dégradantes qui en ont résulté, influencent les stéréotypes actuels. Ces représentations influent ainsi sur la façon dont ces femmes sont perçues aujourd'hui en matière de sexualité, de maternité, de compétences professionnelles, et plus largement, leur place dans la société.
Ce projet de recherche a donné lieu à trois rapports qui s'articulent autour de différents types de violences. Le premier rapport « Entre fétichisation sexuelle et dénigrement physique :les stéréotypes coloniaux sur le corps des femmes noires et leurs conséquences violentes » porte sur la sexualisation et le dénigrement de leurs corps ainsi que sur les violences physiques et symboliques qui en résultent. Le second rapport « Des corps primitifs insensibles à la douleur : les stéréotypes contre les femmes noires dans les pratiques médicales » s'intéresse aux violences médicales, en particulier aux violences gynécologiques et obstétricales. Le troisième rapport « Femmes noires en Afrique et en Europe : Marginalisation économique et politique et cantonnement à l'espace domestique » traite des inégalités socio-économiques. Ces trois thèmes révèlent de manière spécifique comment les héritages coloniaux continuent de peser sur l'existence des femmes africaines et afrodescendantes.
Les types de violences abordées dans ces trois rapports sont dits « structurels », c'est -à-dire qu'il ne s'agit pas de simples actes individuels isolés mais de phénomènes qui découlent de déséquilibres de pouvoirs existants. En d'autres termes, ces violences témoignent de formes d'oppression et de discrimination ancrées dans des institutions, des structures politiques, économiques ou des normes sociales qui désavantagent systématiquement certains groupes.
Ces trois rapports mettent en lumière la manière dont les violences auxquelles les femmes noires et afrodescendantes sont confrontées aujourd'hui se sont historiquement construites et institutionnalisées au cours de la période coloniale. Il s'agit ainsi de comprendre comment des processus historiques ont façonné des représentations culturelles, des schémas de pensée, des normes et des pratiques qui continuent de légitimer des rapports de domination et de perpétuer des inégalités et violences héritées du colonialisme. Cette perspective permet de complexifier l'analyse des mécanismes d'injustice et de discrimination déployés à l'endroit des femmes aujourd'hui en observant l'interaction entre la violence de genre et la violence raciale. L'analyse se concentre sur quatre pays en particulier, choisis en raison de leur histoire coloniale partagée : la France et le Sénégal d'une part, et la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC) d'autre part.
Sources et méthodes utilisées
L'analyse s'appuie sur un corpus de travaux académiques et rapports produits par des organisations engagées sur le terrain en France, en Belgique, au Sénégal et en RDC. Elle intègre également les perspectives d'une douzaine d'expertes : chercheuses, militantes et professionnelles travaillant au sein d'organisations qui accompagnent les femmes victimes de violences sur le terrain.
Approche conceptuelle
Ce rapport porte sur les femmes africaines et afrodescendantes dans quatre pays. Il convient de souligner d'emblée que la catégorie « femme » ne saurait être considérée comme une condition naturelle ou universelle. Loin de constituer un groupe homogène, les femmes dont il est question ici vivent des expériences profondément différenciées selon leur statut social, leur classe, leur sexualité, leur âge, leur religion ou encore leur niveau d'éducation. Ainsi, lorsque ce rapport utilise la catégorie « femme », il le fait en pleine conscience de son caractère historiquement situé et politiquement construit, tout en reconnaissant que cette catégorie demeure opératoire pour analyser des formes spécifiques de violence et de discrimination qui ciblent les personnes perçues et traitées socialement comme des femmes dans les contextes étudiés.
Enfin, il convient de signaler le cadre principalement hétérosexuel de ce travail. Ces trois rapports traitent en priorité de violences de genre s'inscrivant dans des rapports présumés hétéronormatifs, en raison notamment de la prépondérance de ces configurations dans les recherches historiques et dans les données contemporaines disponibles. Toutefois, il est crucial de souligner que les VBG concernent aussi les personnes africaines et afrodescendantes dont les identités de genre ou les orientations sexuelles sont perçues comme « non conformes » dans les sociétés contemporaines. Les violences spécifiques subies par les personnes LGBTQI+ depuis la période coloniale constituent un phénomène important qui ne saurait être occulté.
Starting from two European contexts (Belgium & France) and two African contexts (Senegal and the Democratic Republic of Congo), this research project aims to resituate the violence and discrimination suffered by African and Afro-descendant women in contemporary societies in the continuity of colonial and slavery history. Indeed, this project shows how women have historically been (mis)treated and dehumanized by European powers and how the resulting degrading representations influence current stereotypes. These representations thus influence the way these women are perceived today in terms of sexuality, motherhood, professional skills, and more broadly, their place in society.
This research project resulted in three reports that focus on different types of violence. The first report, "Between Sexual Fetishization and Physical Denigration: Colonial Stereotypes of Black Women's Bodies and Their Violent Consequences," focuses on the sexualization and denigration of their bodies, as well as the resulting physical and symbolic violence. The second report, "Primitive bodies insensitive to pain: stereotypes against Black women in medical practices" focuses on medical violence, in particular gynecological and obstetric violence. The third report, "Black Women in Africa and Europe: Economic and Political Marginalization and Confinement to the Domestic Space" deals with socio-economic inequalities. These three themes specifically reveal how colonial legacies continue to weigh on the lives of African and Afro-descendant women. The types of violence addressed in these three reports are said to be "structural", i.e., they are not simple isolated individual acts but phenomena that arise from existing power imbalances. In other words, such violence reflects forms of oppression and discrimination rooted in institutions, political, economic structures, or social norms that systematically disadvantage certain groups.
These three reports shed light on how the violence that Black and Afro-descendant women face today was historically constructed and institutionalized during the colonial period. The aim is to understand how historical processes have shaped cultural representations, thought patterns, norms, and practices that continue to legitimize relations of domination and to perpetuate inequalities and violence inherited from colonialism. This perspective makes it possible to complicate the analysis of the mechanisms of injustice and discrimination deployed against women today by observing the interaction between gender violence and racial violence. The analysis focuses on four countries in particular, chosen because of their shared colonial history: France and Senegal on the one hand, and Belgium and the Democratic Republic of Congo (DRC) on the other.
Sources and methods used
The analysis is based on a body of academic work and reports produced by organizations engaged in the field in France, Belgium, Senegal and the DRC. It also incorporates the perspectives of a dozen experts: researchers, activists and professionals working in organizations that support women victims of violence in the field.
Conceptual approach
This report focuses on African and Afro-descendant women in four countries. It should be emphasized at the outset that the category "woman" cannot be considered a natural or universal condition. Far from being a homogeneous group, the women in question here have experiences that are profoundly differentiated according to their social status, class, sexuality, age, religion, and level of education. Thus, when this report uses the category "woman", it does so in full awareness of its historically situated and politically constructed character, while acknowledging that this category remains operative to analyze specific forms of violence and discrimination that target people perceived and socially treated as women in the contexts studied.
Finally, it is worth noting the predominantly heterosexual setting of this work. These three reports deal primarily with gender-based violence that is part of presumed heteronormative reports, in particular because of the preponderance of these configurations in historical research and in the contemporary data available. However, it is crucial to emphasize that GBV also concerns African and Afro-descendant people whose gender identities or sexual orientations are perceived as "non-conforming" in contemporary societies. The specific violence suffered by LGBTQI+ people since the colonial period is an important phenomenon that cannot be ignored.